A toi, mon aîné!
Un an et demi après ta naissance, l’envie de redevenir maman une seconde fois se nichait au creux de moi. Mais avec cette envie, beaucoup de questions et de peurs. Peur de ne pas aimer autant ce deuxième enfant, de passer moins de temps ensemble… Peur que tu te sentes perdu face à cette nouvelle place, celle d’être l’aîné. Mais tout le monde me rassurait, « tu verras, ton amour ne se divise pas, il se multiplie. »

L’annonce des jumeaux : Les questions et Les angoisses
Mais c’était sans compter que la vie allait me challenger avec un +2. Mon monde s’est écroulé. J’étais déjà tant angoissée avec l’idée d’agrandir la famille avec 1 nouveau membre! Mais là, 2, c’était trop pour moi. En plus des premières questions liées au côté « pratique », les questions du cœur se sont déversées en moi. Tout en double, c’était aussi tout en deux fois moins.
J’avais peur de ne plus du tout avoir de temps pour toi, que j’allais être débordée et que forcément, toi qui étais le centre de mon attention, de mon univers, tu allais en pâtir, mal le vivre. J’avais peur que tu les rejettes à cause de moi. Que tu ne les aimes pas, pire encore, que tu m’en veuilles. Après tout, toi qui a encore besoin de dormir avec nous tu n’avais rien demandé de tout ça. L’idée d’être l’aîné, le grand frère ne t’avait même pas effleuré l’esprit. Alors partager ton temps, tes parents, ta place dans notre lit, je comprenais que tu n’en aies peut-être pas envie. Et puis je t’aimais si fort, si intensément, j’étais sûr que je n’allais pas pouvoir en aimer 2 autant.
Leur arrivée : l’organisation et mes ressentis d’adulte
Et ce fameux 14 Août 2023 arriva. J’avais seulement un contrôle à faire à l’hôpital mais je ne sais pas pourquoi, je t’ai serré fort dans mes bras avant de partir. Je devais le sentir. Je ne suis finalement pas revenue ce soir-là. Ni même les 8 soirs suivants. 8 jours. Sans toi. Et ces questions, qui sonnaient un peu moins fort en moi, sont revenues de plus belle. La rencontre s’est passée à merveille mais je voyais bien que notre absence te perturbait. Je souffrais de cette situation et j’angoissais encore plus à l’idée que toi aussi. Je me disais que tu ne comprenais pas ce qui arrivait, que tu allais finir par être jaloux de tout ce temps passé avec eux, sans toi.
Puis est venu le moment tant attendu de notre retour à la maison. Et il fut bien plus facile que ce que je l’avais imaginé. Pour être honnête, je m’étais mise une pression monstre vis à vis de toi. J’avais acheté un tas de bidules pour faire des activités, j’avais tout un plan et une organisation en tête, parce que j’avais si peur que tu ne trouves pas ta place, que je n’ai plus le temps pour toi, pour nous. Les premiers jours j’étais comme une furie, à vouloir tout faire, tout réussir, être sur tous les fronts. Faire marcher mon allaitement compliqué et ne jamais te faire attendre, toujours être disponible pour toi, avoir une maison propre et ranger, te faire des activités, m’occuper des bébés… Je dormais peu, réfléchissais trop.
Et dans ce retour à la maison en Hospitalisation A Domicile (HAD, un de mes bébés a un neuroblastome donc suivie +++ le 1er mois de vie), j’ai pu exprimer mes maux à une puéricultrice formidable. Elle m’a dit une phrase que je n’oublierais jamais: » Un ou deux bébés, on se pose toute la question de comment notre plus grand trouvera sa place. Mais, il n’a pas besoin de la trouver. Il l’a déjà. »
Et là, tout est devenu claire en moi. Bien sûr que tu as déjà ta place. Tu ne l’a jamais perdu, tu as même évolué dans celle-ci! Tu es devenu grand frère ! Et tu aimes ça être l’aîné ! Alors plutôt que de me fatiguer à essayer de me scinder, je devais simplement nous unifier. Voilà comment je devais passer du temps avec toi. Simplement.
Alors je t’ai fait participer, à tout. Au changement de couches, au choix des vêtements, à la préparation du tire lait, au réchauffement du biberon, au repas pour nous. Et petit à petit notre rythme et certains rituels ce sont mis en place. Une balade matinale tous les 4 (5 avec paps quand il ne travaille pas). Toi sur ton vélo, ton frère et ta sœur qui dorment dans la poussette, l’air frais sur nos visages, et moi, disponible et présente pour toi. Un câlin en lisant une histoire avant de te coucher.
Et puis chaque petite occasion pour se retrouver. Comme par exemple une petite course rapide au magasin ou un tour à la boulangerie pour acheter le pain, pendant que papa s’occupe des jumeaux. Et puis de temps en temps, on se prend le temps de partir, juste toi et moi, pour ce faire un petit goûter (merci macdo 🫣) entre mère et fils, et je vois dans tes yeux à quel point tu adores ça.
Bien évidemment, tout ne va pas toujours dans le bon sens. Parfois, tout est parfait. Parfois, loin de là. Même si je fais en sorte de faire les choses plus simplement, et bien, quelque fois trop, c’est trop compliqué. Compliqué parce que même si je « m’organise » pour coucher les bébés tôt afin d’être disponible pour toi, il y a des soirs où ça ne marche pas. Compliqué parce que certains jours on ne voit pas les heures défiler. Et compliqué parce que tu as tout simplement 2 ans. Et que j’aurais beau tout faire, parfois tu décideras que ce n’est pas assez. Parce que tu as besoin que je joue avec toi, parce que tu as besoin que je te lise des histoires, parce que tu as besoin de moi maintenant tout de suite et pas toujours après un « attend deux minutes ».
Et parce que parfois j’oublie de me demander où tu es dans tout ça. Comment tu te sens, comment tu le vis d’être l’aîné. Je me sens tellement débordée par tout, tout le temps. Mais je ne veux pas être débordée de toi. Je ne veux pas que tu te sentes comme un rendez-vous calé entre deux. Comme un « vite fait bien fait ».
Ta « vision », ta manière d’être l’aîné et de le vivre
Et puis je t’observe, je te découvre, à nouveau. Toi qui me paraît maintenant si grand. Toi qui es maintenant GRAND frère. Et chaque seconde que je passe à te regarder me fait comprendre à quel point la vie est bien faite. A quel point tu étais fait pour ce rôle toi aussi, être l’aîné. A quel point cette place est la tienne. Tu débordes de joie et d’amour pour eux (il faut même parfois un peu te brider). Tu es bienveillant et tant attentionné et tu nous disputes même lorsqu’on n’est pas assez rapide pour aller les chercher lorsqu’ils sont «tristes», comme tu dis.
Je suis fière de nous et surtout de toi, car tu as appris à communiquer tes sentiments (merci le livres des émotions) car « savoir ce que l’on ressent, c’est important ». Et cela a été d’une aide précieuse lors de l’arrivée de ton frère et ta sœur. Tu as su nous dire lorsque tu étais triste car nous n’étions pas revenus à la maison pendant un long moment. Tu as su nous exprimer ta colère et ta frustration lorsque nous te faisions attendre un peu trop longtemps (souvent ?). Mais surtout tu nous as dit à quel point tu les aimais, à quel point tu étais fier et heureux.
Tu nous as rendu cette expérience encore plus exceptionnelle et magique et même si certains jours c’est intense et dur, je suis persuadée que sans toi, tout serait plus difficile. Mon fils, mon amour, tu ne le sais pas encore vraiment mais tes meilleures parties de cache-cache, tes meilleures balades, tes meilleurs câlins et tes meilleurs ami(e)s sont là.
Manon Y.
Pour en savoir plus sur Manon: @mumanon_
