Faire partie du clan des jumeaux
Plus j’observe nos deux p’tits loups et leurs relations avec les autres, enfants et adultes, plus je me dis qu’ils font partie d’un clan. Le clan des jumeaux. Comme s’il y avait eux, les jumeaux, et les autres. Allez je vous explique!
Faire sauter le barrière de la langue
Depuis peu, nos deux p’tits loups nous parlent d’un copain avec qui ils jouent à la garderie. « Gilégilon, il a fait ça », « Oui, avec Gilégilon », « On va voir Gilégilon, maman à la garderie? ». Alors moi je dis: « oui, oui » ou « ah d’accord », en me demandant aussi qui est ce « grand garçon noir », comme ils l’appellent. Et surtout, je me demande où sont passés les autres enfants dont ils me parlaient si souvent, avant.

Et puis un jour, en arrivant à la garderie, je pose la question. J’apprends alors que Gilégilon sont en fait Gil et Gilon, deux petits garçons de leur âge, des jumeaux. Et j’apprends surtout qu’ils parlent anglais et pas du tout français. Et là je me dis wow! Ils se comprennent, ils connectent super bien et super vite. Comme une espèce de lien qu’on ne percevrait pas si on n’est pas jumeaux. Une complicité, un compréhension particulière, du simple fait d’être jumeaux.
Alors oui, les enfants se comprennent entre eux même s’ils ne savent pas parler. Mais lorsque ces mêmes enfants savent parler et qu’ils ne peuvent pas avoir de réponses à leurs questions (ou autres choses d’ailleurs en réponse à une demande), je me dis que ce facteur gémellité doit jouer, immanquablement. Vous ne pensez pas? Gil et Gilon (à prononcer à la façon anglo-saxonne) sont hyper joyeux lorsque nos deux p’tits loups arrivent à la garderie. Et vice-versa d’ailleurs… Et Gil et Gilon me servent d’argument pour motiver nos deux p’tits loups à aller à la garderie certains matins maussades. Je me dis alors que oui! Il doit exister un clan des jumeaux qui va bien au-delà de la barrière de la langue.
Le clan des jumeaux au-delà de l’âge
La barrière de l’âge ne semble pas être une réelle barrière non plus, d’ailleurs.
Rani et Rayan sont des frères jumeaux d’une trentaine d’années. Ils ont repris le restaurant en bas de notre immeuble. Dès nos premières rencontres, ils ont manifesté un intérêt marqué pour nos deux p’tits loups. Je dirais même qu’ils ont posé sur eux un regard de grands frères.
Rani et Rayan savent ce que c’est d’être jumeaux, ils savent leur complicité aussi. Ils se reconnaissent en eux, sûrement. Ils sont jumeaux et font partie du même clan.
Lorsque je les observe interagir avec nos deux p’tits loups et les taquiner, j’ai le sentiment que derrière cette fratrie, cette connexion entre jumeaux, il y a toute une dimension faite de repères, de vécu et d’émotions que nous, enfants uniques, ne connaîtrons jamais. Il y a une douceur dans leur regard envers nos deux p’tits loups qui m’émeut parfois. Oui, de l’émotion. Je prend conscience qu’être jumeaux doit être une expérience forte en termes de relations humaines (familiale et sociale) et interpersonnelles.
J’ai le sentiment aussi qu’ils me considèrent avec affection (voire empathie) au regard de leur propre vécu avec leur maman. Ils ont parfaitement conscience de la difficulté que représente la parentalité (pour ne pas dire la maternité) avec des jumeaux. Alors je me dis une fois de plus qu’être jumeaux c’est faire indéniablement partir d’un clan. Le clan des jumeaux.
Et puis, il y a cette dame à la laverie (oui, notre machine à laver nous a lâchés… grrr!). Une dame d’un certain âge, qui ne sourit pas souvent, qui semble même renfermée. Une dame qui observe souvent nos deux p’tits loups jouer au milieu (ou dans… lol) des machines. Et puis un jour, amusée, elle commence à sourire. Elle m’avoue alors qu’elle aussi à un frère jumeaux. Ils ne se voient plus, ne se parlent plus beaucoup. Il habite loin. Comme un peu nostalgique de leurs jeux, de leurs bêtises et de leur relation si spéciale, elle les regarde. Elle semble elle aussi connectée à eux. Et elle aussi sait. Elle les reconnaît. Même sans son frère jumeaux, la gémellité semble inscrite en elle. C’est dans son ADN. Ils font tous partie d’un clan des jumeaux.
Tous posent un regard si particulier sur nos deux p’tits loups (et vice-versa). Un regard emprunt de compréhension, de complicité et d’appartenance. Il sont un clan, ils se comprennent en dépit des codes sociaux et du fait de se connaître ou pas. Ils se reconnaissent.

J’en arrive à la conclusion qu’être jumeaux c’est faire partie d’un clan. Le clan des jumeaux dans lequel ils se sentent proches d’autres jumeaux. Même s’ils ne parlent pas le même langage, même s’ils n’ont pas le même âge, les jumeaux savent qu’ils sont des jumeaux. D’ailleurs, nos deux p’tits loups ne sont jamais étonnés de croiser deux bébés dans une même poussette, contrairement aux autres enfants qui le soulignent lors de notre passage en poussette double dans la rue.
Alors, vous pensez aussi qu’il existe un clan des jumeaux?
